Ces petites camionnettes se sont développées pour compenser les lacunes des transports en commun étatiques. A l’époque soviétique, le gouvernement, qui aimait beaucoup des statistiques, assurait qu’il y avait un trolleybus tous les 500m en ville. Aujourd’hui, il y en a un tous les 5 à 7 km. Il faut les attendre longtemps et ils sont toujours bondés. C’est dans ce contexte que les taxis à itinéraires on vu le jour. En 15 ans, elles sont à ce point entrées dans la vie quotidienne des russes qu’elles sont presque devenue une institution. On les emprunte matin pour aller au travail et le soir pour retourner à la maison. Ces véhicules, de marque russe, portent le doux nom de «gazelle», en principe blancs, ils affichent tous un numéro et le détail de leur itinéraire en caractères cyrilliques. Dix à quinze personnes peuvent y prendre place, parfois bien plus, même en plein hiver lorsque les fourrures et les chapkas transforment tous les voyageurs en bibendum à poil.

Le prix de la course est environ 25 roubles, soit presque 70 cent d’euro ou 1 francs suisse. Deux à trois fois plus cher que les transports publics étatiques, mais beaucoup plus efficaces. Vous payer à l’entrée, le chauffeur fait office de caissier, de conducteur et de mécanicien. Il est le seul maître à bord. Et si votre place est tout au fond du taxi, ne vous levez pas pour payer. Il vous suffit de passer l’argent à votre voisin, qui le passera à son voisin qui le passera à son voisin jusqu’au conducteur. La place derrière le chauffeur est d’ailleurs la moins ennuyeuse : vous aurez toujours quelque chose à faire pour faire transiter l’argent. Si vous avez payé avec grosse coupure, l’argent empruntera le même chemin en sens inverse pour revenir dans son intégralité dans votre main. Qui a dit que la Russie était un pays de voleurs ?

Les taxis collectifs vous prennent et vous déposent presque n’importe où sur son itinéraire, selon l’humeur du conducteur. Pour attraper (en russe, on dit pêcher) un taxi collectif, il faut faire signe le long de la route. Pour qu’elle vous dépose, vous devez prévenir le conducteur à l’avance en lui indiquant précisément l’endroit : devant le musée ethnographique ou bien au croisement de Krasni Prospekt et de Ulitsa Lenina. Tout serait trop parfait si tout se passait toujours calmement. Les Russes ont pour habitude d’être très silencieux dans les transports en commun. Rarement, un voix dépasse le bruit de fon de la voiture. Et il en va de même lorsqu’il s’agit de demander son arrêt. Une fois sur deux, le chauffeur n’a pas entendu, alors l’arrêt dépassé, un forte protestation se fait entendre. Le client s’énerve, le chauffeur plante sur les freins et s’énerve. La porte claque et se referme de rage dans un grand coup de bras. C’est précisément pour désamorcer ces situations que les conducteurs propriétaires utilisent leur humour. Voici un florilège des petites phrases affichées à l’intérieur des taxis collectifs en Russie.

« Annoncer votre arrêt à l’avance, parlez fort et de manière précise, le conducteur est sourd et aveugle » (Novossibirsk 2005) « Les arrêts «ici» et «là-bas» n’existent pas » (St Pétersbourg 2005) « Autobus élastique : quand il n’y a plus de place, il y en a encore » (St Pétersbourg 2005) « Plus tu parles doucement, plus tu iras loin » (Novossibirsk 2005)

Voir la rubrique spéciale consacrée aux petites phrases dans les taxis collectifs