Musée des chemins de Fer (Novossibirsk)
Par Vincent, lundi 14 mars 2005 à 06:44 :: Voyager :: #12 :: rss
Ca faisait longtemps que j’avais envie de rencontrer les enthousiastes à l’origine de la création du musée des chemins de fer de Novossibirsk. En 2000, trois wagons et une locomotives seulement faisaient la richesse du musée. Cinq ans après, il y en a dix fois plus. En ce chaud matin sibérien (il fait -5), j’ai rendez-vous avec Iouri Anatolevich Artamonov, directeur adjoint du musée. C’est un homme d’une petite cinquantaine d’année, au visage souple mais au regard étincelant.
L’administration occupe deux wagons du musée et à son entrée, Youri Anatolevich salue tout le monde personnellement, il a même un mot pour tous. «Andrei Mikhailovich, vous devez aller manger maintenant, vous avez assez travaillé », dit il au monsieur qui déblaie la neige à l’extérieur. « Oui oui, mais il y beaucoup de travail, répond l’employé. « le travail attendra. Il faut aller manger».
On ne perd pas un instant. Youri Anatolevich m’emmène vers les plus belles pièces de son musée. Il s’arrête vers une petite locomotive à vapeur noire. «Cette pièce là est encore un mystère, explique le directeur adjoint du musée. Mais cette locomotive à une vraie histoire. Elle illustre a elle seule tout notre musée ». Il y 2 ans, Youri Anatolevich et Natalia Griogrievna, conservatrice du musée, sont partis en expédition dans la taïga dans la région de Novokuznets. «On nous avait parlé de cette locomotive et nous sommes allés à sa recherche. Ca a été une vraie aventure pour la trouver car nous sommes allés à pied, dans la boue et sous la pluie pour des heures et des heures de marche. Natalia Grigorevna a failli sombrer dans un marécage». Mais quel bonheur quand, au prix de mille efforts, la vielle locomotive a été d’abord transportée par un tracteur forestier, puis un camion avant de finir sur une plateforme marchandise d’un train. «Nous avions envisagé l’hélicoptère, mais la locomotive était trop lourde ».
Et Youri Anatolevich me fait entrer dans ce qui fait la fiéreté du musée : un wagon de première classe construit en 1898, utilisé par les hauts fonctionnaires y compris pendant l’époque brejnévienne. Quel dépense de luxe et de confort ! Une baignoire, une douche, un cabinet de travail et une salle de réunion à faire pâlir les palais de St Pétersbourg. «Ce wagon est arrivé par hasard entre nos mains. Conservé dans son état d’origine, il était en complètement infiltré d’eau. Lorsque nous l’avons récupéré sur une voie de garage dans une gare de Sibérie, toutes les boiseries et les tentures étaient congelées. Nous les avons démontées et mis à sécher chez nous. Tous les collaborateurs ont en eu un morceau. Grâce à cela, nous avons pu le remettre en état ». AUjourd’hui, les autorités des chemins de fer ont attribué un poste complet à l’année pour s’occuper de ce wagon bijoux. Même en plein hiver, il est chauffé et entretenu tous les jours.
Dehors, l’hiver est là et la conservatrice du musée m’invite à partager le thé dans son compartiment bureau. On parle de passion, de la nécessité impérative pour le musée d’envisager la construction d’un toit pour conserver au mieux les pièces uniques. Natalia Grigorevna s’emballe : «Nous avons plein de projets, mais les moyens manquent. Heureusement ici que personne ne compte ni ses heures ni sa peine». Ce n’est pas son adjoint, occupé dehors à peleter la neige sur les quais désormais figés de ce musée au cœur de la Sibérie qui contestera.

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