Signalisations, piquets et recommandations aux automobilistes sont alignées dès l’entrée sur la surface translucide. Lissée par le vent et la neige, la glace reluit donnant parfois l’impression de se transformer en eaux. Pincement au cœur inutile car le mirage s’efface très vite sur ce désert givré. Ici, l’épaisseur de la glace dépasse largement le mètre.

Isolée de la terre ferme pendant 8 mois, l’île d’Olkon vit intensément la période hivernale. Les transports de marchandises et la construction vont bon train, même par les températures polaires de l’hiver sibérien. Pour la première fois cette été, l’électricité sera amenée sur l’île. Les pylônes flambants neufs sont prometteurs «Il paraît que la ligne est financée par Moscou, confie Serguei, le chauffeur, car la capitale aimerait bien construire ici une grande base touristique». Grande, la base ne le sera jamais, car en l’absence complète d’infrastructure, le tourisme de masse ne se développera pas.

On espère beaucoup du tourisme à Khumjir, la « capitale » de l’île. Les usines de pêche sont en chômage technique. Les installations sont si vieilles qu’elles ne fonctionnent plus. «Il faudrait réinvestir, mais c’est impossible, poursuit Serguei, ancien pêcheur salarié de l’usine reconverti en guide et chauffeur, le poisson ici n’est plus rentable ». Faute d’emploi, les hommes vivent mal, les jeunes espèrent tous partir étudier en ville. Les autochtones bouriates décimés par l’alcool et un niveau de vie trop bas, sont en perpétuelle diminution. Pourtant, cette île est sacrée. C’est ici, sur le célèbre rocher du shaman que des générations et des générations de sorciers ont été initiés aux transes et aux incantations. La tradition est à ce point vivace que même les Russes finissent par croire aux pouvoirs surnaturels du lieu. «Il ne faut pas trop déranger les esprits ici, raconte Sergueï qui se souvient avoir voulu, dernièrement, après une soirée bien arrosée, venir admirer le clair de lune vers le rocher. «Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais ma voiture refusait d’avancer. C’était incroyable. Une peur intérieur s’est installée et je ne suis jamais allé voir le clair de lune. En réalité, d’immenses sabots de glaces avaient pris autour des roues du véhicule, ce qui n’était jamais arrivé ». En passant, même Serguei dépose trois gouttes de vodka aux esprits…