Patience
Par Vincent, jeudi 24 novembre 2005 à 10:21 :: Comprendre :: #6 :: rss
L'une des plus grandes caractéristiques du peuple russe et sans aucun doute son extraordinaire capacité à supporter longtemps, très longtemps, très très longtemps même, les situations les plus désagréables. Une resignation que nous, occidentaux, ne sommes pas à même de tenir plus de 10 minutes sans finalement exploser. Mais où les Russes puisent-ils cette force, car s'en est une?
Nous sommes le mercredi 20 octobre 2004. Le Tupolev 154 qui me transporte de nuit de Moscou à Irkoutsk va bientôt atterir. La nuit a été courte et peu confortable. Le jour pointe au loin sur le Lac Baïkal, il est 5h00 du matin. L'air de rien, la stewardess nous demande de mettre nos ceintures car nous approchons. Elle termine sa phrase tranquillement avec ces mots: L'aéroport d'Irkoutsk étant fermé, nous allons atterrir à Oulan Oude. Pas un mot de plus. Dans l'avion aucune réaction. J'ai presque cru que j'avais rêvé. Aucune conversation ne s'est arrêtée, personne ne sollicite le personnel de cabine. Immédiatement, une tonne de question m'assaillissent: quant repartirons nous? pourquoi l'aéroport est-il fermé. En bref, fidèle à mon éducation occidentale, je veux savoir et comprendre. Je sollicite alors ma voisine, une gentille babouchka qui a partagé avec moi son pic-nic. Ca arrrive tout le temps, me répond-elle. C'est à cause du brouillard. Cela peut durer 1h, 2h, ou beaucoup plus. Il faut attendre.
Arrivés à Oulan Oudé au petit matin, la seule marchine à café automatique est prise d'assaut. Nous ne sommes pas les seuls a avoir été détournés: 4 autres avions sont déjà là, avec plus de 100 personnes chacun à son bord. Le petit -tout petit- aéroport d'Oulan Oudé n'a pas assez de sièges pour les passagers. On s'assied alors par terre. Soudain, une dame s'adresse à moi en français, voyant le titre manifestement francophone du livre que j'étais en train de lire. Nous ne sommes pas à Irkoutsk? Ou sommes nous? Voyageant à bord du même avion que moi et ne parlant pas un mot de russe, elle était persuadée d'être arrivée à Irkoutsk. Ce n'est qu'au moment de monter dans le taxi que le chauffeur lui a fait comprendre qu'il ne pourrait pas la conduire... à Irkoutsk. Preuve que tout s'est passé comme si de rien n'était.
Le besoin de comprendre continue de me tarauder mais personne. Au coin téléphonique, lui aussi pris d'assaut, les discussions sont calmes: Nous sommes en attente, explique par téléphone cette jeune maman à son père qui l'attend à Irkoutsk. Je ne sais pas quand j'arriverai, mais attends moi. Tout le monde prend son mal en patience et le plus étonnant, personne ne cherche vraiment à savoir quand nous allons repartir. Un haut-parleur egrène régulièrement: Les passagers du vol SU 729 sont informés que leur vol ne partira pas avant 10h du matin. Une heure plus tard, le même message, mais qui nous prévient que ce sera 12h00, puis ensuite 14h00 puis 15h00... en tout nous aurons attendu 9h30 dans cet aéroport perdu. A aucun moment, les gens se sont énérvés. Même au moment d'embarquer, la file d'attente était plutôt sereine, sachant que nous attendions depuis 9h00...

Commentaires
1. Le lundi 6 février 2006 à 19:24, par Hélène
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