Cartésiens contre mystiques, réalistes contre idéalistes, optimistes contre fatalistes, cultivés contre barbares. «L’âme russe se résume à trois choses, écrit Alexandre B : la religion orthodoxe, la vodka et le bonheur dans la souffrance ». Ce n’est pas l’idée que nous nous en faisons. Mais peut-on réduire un peuple à une seule notion? L’âme russe représente en fait tout ce qui nous manque à nous, européens matérialistes, individualistes et calculateurs. Habitués à maîtriser plus ou moins notre destin, nous aimons à croire que demain sera mieux qu’aujourd’hui.

Un terme russe, souvent mal traduit parce qu’intraduisible, regroupe en quatre lettre la complexité de la question duca; (doucha), qui signifie à la foi âme et (fond du) cœur. Cachée au plus profond de l’être, la « doucha » est le dernier rempart de l’Humanité russe. Force et certitude alliée à l’amour, elle lie grands-parents et petits-enfants, mère et fils dans une relation fusionnelle indestructible. Quasiment religieuse, la « doucha » agit sans maître ni raison et peut être la source d’une énergie inépuisable, de la trempe de celle qui anime les mères de soldats. Blessée, elle plombe l’avenir de celui qui la porte, le plongeant dans l’abîme de la souffrance intérieure.