Aujourd’hui agée de 83 ans, elle en avant 19 au moment de la mobilisation en 1941. Immédiatement envoyée près du front de Leningrad, elle passera 4 années tapie dans une tranchée et participera à la construction de la célèbre ligne de chemin de fer de la vie qui a permis d’amener le premier convoi d’huile comestible dès une brèche ouverte dans le blocus allemand. Elle se souvient des torrents de bombes qui tombait sur sa position. «On nous bombardait des deux côtés, les obus sifflait. On était jeune et courageux. On se disait qu’on avait même pas peur et on voulait rester debout sous les bombes, mais dès que les premiers tirs, nous nous couchions».
Des souvenirs, Valentina en a trop. «J’ai élevé trois beaux enfants et travaillé toute ma vie. J’ai oublié toutes ces années terribles, mais avec l’âge tout me revient en mémoire. C’est dur, très dur même. Je ne sais pas pourquoi, mais aujourd’hui, les émotions sont à chaque récit plus fortes, plus douloureuses. Je m’étonne moi-même de ce contre coup si tardif». Elle me montre ses médailles et la lettre qu’elle a reçu de Vladimir Poutine en 2003, mais elle n’est pas dupe.
«On nous a longtemps oublié, et nous avons aussi oublié combien c’était une période terrible ». Dans un sanglot, elle se souvient des premiers jours de formation, non loin du front au nord de Leningrad. «Je m’étais fait une amie dans la petite ville où les combattants étaient formés. Tatiana et moi vivions notre jeunesse comme tous les jeunes gens de notre âge. On allait danser, on se liait d’amitié et on a aussi aimé. Tatiana avait un jeune frère de 7 ans. Un après-midi, son père l’a envoyé avec une marmite à la cantine pour chercher de la soupe et c’est à ce moment là que l’alerte a retenti. En quelques minutes, des centaines d’avion ont déversé des milliers de bombes. Tatiana et moi nous sommes réfugiés dans la cave au fond du jardin. Nous avions vraiment très peur». Et d’un seul coup, c’est la plongée dans la réalité de la guerre. « Nous avons cherché longtemps le petit frère, et s’est son père qui a retrouvé le cadavre en reconnaissant les habits. Pendant des mois, la petite veste est restée suspendue au pommier dans le jardin». Valentina s’arrête, essuie ses yeux qui coulent et s’excuse de se laisser submerger par l’émotion. Elle se reprend. «Je me souviens des trains d’évacuation des enfants de Leningrad, c’était terrible de voir ces visages blafards et amaigri. Serrés comme des bêtes dans le wagon à bestiaux, certains ne survivaient pas. Les enfants nous suppliaient de leur donner du pain et à boire, mais nous n’avions pas le droit, il n’y en avait pas assez pour tout le monde. C’était moralement très très dur à supporter, mais nous étions honnêtes et droits. Je m’en étonne aujourd’hui qu’il ne nous soit même pas passé par la tête de vouloir récupérer les richesses abandonnées par les évacués ».